Une Etude
Pour consulter l'intégralité de l'étude "Des Hommes, des Actes, des Lieux" réalisée pour le projet Plaine Commune par l'Agence NAC-pOlau (le téléchargement nécessite quelques minutes d'attente).
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Plaine commune : Des Hommes, des actes, des lieuxÉtude relative au développement culturel et artistique du territoire de Plaine Commune
Projet en partenariat avec la communauté d’agglomération de Plaine Commune, le secrétariat d’État chargé du Développement de la région capitale, la Ville de Paris, et les institutions culturelles implantées localement.À l’été 2009, le Conseil de la création artistique a lancé, conjointement avec la communauté d’agglomération de Plaine Commune (Seine-Saint-Denis) et le secrétariat d’État chargé du Développement de la région capitale, un projet de développement culturel sur le territoire de Plaine Commune intégrant de multiples dimensions : habitat, loisirs, transports, manifestations ponctuelles… Ce projet s’entend comme une volonté de repérer et de développer les usages temporaires qui peuvent s’implanter sur les terrains délaissés de l’aménagement urbain. C’est le groupement NAC-pOlau, sous l’égide de Patrick Bouchain, qui a remporté l’appel d’offres. Pour mémoire, Patrick Bouchain a été l’architecte de certains équipements culturels fameux comme le Channel à Calais (transformation des anciens abattoirs pour la scène nationale), la Sirène à la Rochelle (transformation d’un ancien entrepôt des douanes en espaces de musiques actuelles), l’Académie du spectacle équestre Bartabas à Versailles (réaménagement de la grande écurie du Roy), l’Académie Fratellini à Saint-Denis, le Caravansérail à la Ferme du Buisson à Marne la Vallée, le Lieu Unique à Nantes (transformation d’anciennes usines), la Friche de la Belle de Mai à Marseille… Dans le cadre de cette étude intitulée Des hommes, des actes, des lieux portant sur le développement culturel et artistique du territoire de Plaine Commune, Patrick Bouchain a mené une enquête à travers une soixantaine d'entretiens pour : ► Révéler les singularités et les richesses de personnes remarquables du territoire de Plaine Commune ; ► Dresser un état des lieux non seulement culturel mais aussi géographique, politique, hydraulique, lié aux transports, aux aménagements en cours sur le territoire, afin de montrer que la cité et la culture entretiennent une relation vivante. Pour conduire cette étude, Patrick Bouchain s'est appuyé sur les institutions et les initiatives culturelles existantes sur ce territoire. À travers ce projet, le Conseil de la création artistique voit là une opportunité unique : ► D’intégrer la dimension artistique dans la réflexion d’ensemble sur le développement économique, social et urbain des territoires défavorisés (logement et cadre de vie mais aussi activité économique, commerces de proximité, loisirs, insertion, formation professionnelle…) ; ► De réinterpréter, au regard des pratiques culturelles contemporaines, l’esprit des « maisons de la culture » qui pourraient sortir de leurs murs ; ► De démontrer sur des zones géographiques données qu’il n’est pas forcément nécessaire de créer des équipements culturels supplémentaires mais qu’il faut en revanche mettre en réseau ce qui existe et expérimenter des formes précaires, éventuellement foraines, de présence culturelle sur le territoire.
Un abri pour habiter, pour expérimenter, pour transmettre le territoire commun à l’épreuve de la mobilité
L'agglomération Plaine Commune rassemble les villes d'Aubervilliers, Epinay-sur-Seine, L'Ile-Saint-Denis, La Courneuve, Pierrefitte-sur-Seine, Saint-Denis, Stains, Villetaneuse. L’étude « Des Hommes, des actes, des lieux », dresse un portrait peu connu de Plaine commune. Sans se connaître entre elles et souvent sans être connues, ces aventures révèlent une autre façon d’appréhender le territoire. Elles dessinent une cartographie particulière qui donne d’autres clés pour comprendre la ville et d’autres pistes pour l’aménager : tel terrain qu’on croyait vague est porteur d’un projet modeste, mais riche de lien social ; telle friche industrielle est habitée par des artistes au travail qui protègent un morceau du patrimoine ; tel quartier insalubre abrite des trésors archéologiques… Parmi ces actes, certains relèvent de l’habitat ou du travail, d’autres de l’expérimentation ou de la transmission, mais tous développent ou soulignent qu’il ne saurait exister de projet urbain sans projet culturel et que tous les actes culturels participent, parfois en contradicteurs éclairés, de l’état des lieux du projet urbain. En s’appuyant sur des terrains ou des bâtiments délaissés, ces actes révèlent des possibles et préfigurent souvent une autre façon de programmer la ville. Portant un regard différent sur l’aménagement, ils proposent ici une vision archéologique, historique, là un autre regard sur le paysage, sur l’habitat précaire, sur la mémoire industrielle ou sur les pratiques urbaines. Pour mettre en évidence ce phénomène et pour que Plaine commune s’affirme comme porteuse de cette histoire, nous proposerons la réalisation d’une structure itinérante à usage et à géométrie variable que chacun des individus mis en évidence au cours de l’étude pourrait s’approprier pour y mener un acte en relation avec un autre lieu du territoire. Placée à côté d’un théâtre, sur le pavé d’une friche industrielle ou sur le futur terrain d’une grande université, cette structure, foraine par nature et par nécessité, formerait l’abri commun de la rencontre entre les hommes, les actes et les lieux en fournissant un espace temporaire de résidence, d’expérimentation et de transmission : un abri pour la démocratie.Reliant les communes entre elles, franchissant les frontières administratives, elle sera une des matérialisations du projet urbain de Plaine commune. Par sa mobilité et son implantation éphémère, elle associera la population à des actes fondateurs de la ville. Facilement transportable d’un site à l’autre, facilement adaptable selon la configuration des terrains, facilement transformable en fonction de l’usage qui doit enêtre fait, cette structure, qui se déplacera chaque mois de lieu en lieu pendant un an, pourra devenir : • Un lieu de spectacles : festivals de musique et de danse, cabaret, • Une salle de cinéma foraine, • Un lieu de transmission : installé à proximité d’un chantier de fouilles archéologique, de restauration, de développement d’un espace agricole ou horticole, • Un lieu de conférences : placé sur le site d’un futur équipement, il préfigure sa venue par la tenue de cours, de colloques ou de conférences, • Un lieu de fête : fête de quartier, bals…, • Un lieu de vie et d’hébergement, • Un lieu de restauration : repas liés à un événement sportif ou culturel, • Un équipement commercial : marché du commerce équitable, vente de produits agricoles de proximité, marché de location, vide grenier…, • Un lieu de lecture : médiathèque itinérante.
L’intuition du génie forain
De nouveaux dialogues entre création et territoire émergent partout en Europe. Bouleversant les traditionnels schémas de la place du citoyen dans le débat urbain, de la place de l’artiste dans la cité et proposant de nouvelles organisations stimulatrices de projets ces expériences « foraines » nous donnent à lire : • des architectures éphémères, nouveaux lieux « intensifs » qui viennent renforcer la valeur d’usage des lieux ordinaires en tenant compte de leur charge sensible ou symbolique, • des expériences collaboratives et créatives, au service de la démocratisation du projet urbain, valorisant une citoyenneté active, • de nouvelles mobilisations politiques intégrant le culturel, qui inventent sur les territoires, de nouvelles références sociales et urbaines. Le forain est nomade. Il assemble, déplace, réorganise son établissement de ville en ville. Avec son « métier », baraque ou cabinet de curiosités, il vient enchanter un lieu. Ses attractions font sensation. Sa présence, de courte durée, force l’intensité de son implantation. Il est aussi l’étranger qui perturbe, qui relie et qui fait désir. Le forain est un spécialiste du sensoriel et du sensationnel. Plus globalement, il est une figure de la chair, de la mobilité et de la modularité. Appliqué à la ville, le génie forain est une notion-clé pour appréhender le présent et l’actuel.
Le forain, nouvelle génération
Au-delà de la fête, le forain n’est plus le colporteur d’explorations et d’inventions qu’il a été. Pour autant, des néo-nomades, néo-bateleurs, font leur apparition dans l’espace urbain, reprenant le génie forain : Voyeur-Voyou-Voyant. Ceux-là, des créateurs, architectes, designers, metteurs en scène, artistes urbains, développent un sens de l’espace, des adresses publiques et un inépuisable goût pour la ville. Ils conçoivent des lieux éphémères et des scénographies mobiles, créent des jeux surprenants, suggèrent des actions voire des situations conviviales qui dialoguent avec l’urbain et font attraction.
Jeux d’adresse urbains
De l’échelle de la rue à celle des métropoles, l’intuition de la présence « foraine », en complément du pérenne, s’incarne en divers points. De l’esthétique au ludique, le sens, le sensationnel et le sensible mais aussi le nomade et l’éphémère sont convoqués dans les modalités de la fabrication de la ville. Inspirés par, ou inspirants cette veine montante, ces concepteurs sont repérés comme de nouveaux acteurs aux côtés des professions qui jusqu’ici faisaient la ville (ingénieurs, architectes, urbanistes, paysagistes). Sont mises à contribution leurs capacités à composer avec la complexité, à joindre le disjoint ou le conflictuel, à produire des récits urbains, à saisir le vivant et à préfigurer de nouveaux usages. Ces néo-forains, diagnostiqueurs du sensible, perturbateurs prospectifs, apparaissent avec des actes, des protocoles et des attitudes. Ils viennent augmenter les « savoir-ville » autant que les « faire-ville ».
Attracteurs et attractions
Le territoire urbain est globalement constitué de polarités structurantes, des attracteurs. À cette notion nous convenons d’y adjoindre un registre moins tangible, celui de l’attraction. L’attracteur, fixe, durable, fonctionnel, est l’équipement qui aimante par sa fonction (la gare, le pub, le centre commercial). L’attraction, souple, flexible, temporaire, porteuse de stimuli, fait lieu autant que lien. Souvent temporaire, elle produit d’autres natures de collectif. L’attraction fait naître une volumétrie et une épaisseur émotionnelle dans un territoire. Elle a un potentiel d’urbanité manifeste.
Le récit des lieux : lectures et écritures
Ces praticiens urbains peu ordinaires, inspirés et « tout terrain », savent extrapoler le réel en y créant du récit à travers des actes, des parcours, des rendez-vous. Lorsqu’en 2000, l’artiste Alberto Garutti relie le système d’éclairage d’une place publique de Gand à la maternité, invitant le personnel à envoyer à chaque naissance un signal transformé en impulsion lumineuse, l’artiste fait de la ville. Du collectif et du sensible. De l’identité et de la représentation. Ces nouveaux interprètes de l’urbain nous intéressent à double titre : • Ils proposent une lecture originale d’un espace, • Ils investissent en acte un site et en révèlent les qualités par des écritures topo-socio-psycho-graphiques, • Ils lisent autant qu’ils écrivent le lieu.
Lire un territoire : De la chronique au diagnostic
Repéreurs ou dénicheurs, ceux-là préfigurent des méthodes d’investigation en cours de formalisation, rejoignant celles de la recherche urbaine : parcours commentés, observations récurrentes, techniques de réactivation… Ces méthodes passent par la parole, la photo, le parcours, la vidéo ou même l’expression du corps. Elles ne sont pas en soi des outils de concertation, 189 mais permettent d’énoncer les caractéristiques d’un site avec ses ambiances et de ses pratiques, révélant par là même les éléments de son patrimoine ordinaire. Elles permettent par leur synthèse, de dégager des enjeux, de repérer des leviers et d’inventorier des idées pour le projet. À ce titre, l’Agence nationale de psychanalyse urbaine (ANPU) offre une focale décadrée sur des situations urbaines, riche en propos imaginaires et productrice d’un répertoire psycho-urbain. Les restitutions de l’ANPU se départissent de l’opposition classique entre l’objectif (mesurable) et le subjectif (perceptible).
Présences artistiques et activations géographiques
Dans les références présentées, au-delà de leurs poésies formelles, se profilent de nouvelles façons de mettre en vie des sites et des situations. On parle d’activation de lieux, souvent prétextes à des occasions de partage citoyen. L’activation est une dynamique temporaire qui peut participer plus globalement à des stratégies de transformation urbaine. C’est le cas du collectif Exyzt qui génère des situations collectives en habitant des délaissés urbains (Barcelone) ou en produisant des divagations prospectives (Labichampi-Lettonie), ou encore du Fiteiro cultural qui, à partir d’un kiosque, suscite la collaboration créative de tout un chacun. Le principe de ces lieux activés repose sur la notion de concentration voire d’urgence. Leur intensité est liée à une certaine prouesse et à une présence l’éphémère. Un jeu de tension entre l’acte et le contexte. Ces dialogues supposent à leurs instigateurs un savoir être, une écoute, une certaine liberté et souvent une haute générosité (emprunte des utopies dont ils sont porteurs).
Des lieux de rencontre,de fête et de savoirs
Ces talents conjugués produisent des formes, des architectures collaboratives où l’appropriation est le ressort même de ces dispositifs. Parce que souples et ouverts, ces lieux fonctionnent comme des spots où s’organisent la participation créative et le partage de savoirs et d’expériences.
Les dimensions politiques de l’urbain-forain
Cette approche foraine de la ville pose de nouveaux cadres, notamment en matière d’intervention politique. • En termes d’équipements tout d’abord. La question du lieu fixe et permanent n’est plus une réponse systématique à la nécessité de rassemblement culturel ou social. • En termes d’événement structurant. Les manifestations de « prêts à consommer », festives ou culturelles, ne sont plus une fin en soi pour divers publics. Il est urgent de créer des rendez-vous urbains qui associent dimensions festives, artistiques, intellectuelles collaboratives et citoyennes autour des thèmes de la ville en mouvement. • En termes de démocratisation du projet urbain. Il est à inventer des universités populaires de la ville, qui transmettent avec grâce et plaisir les sujets urbains seulement détenus par quelques uns. • En termes de ville créative. Ce concept fait émerger de nouveaux rapports entre création et territoires. Aujourd’hui, il se situe essentiellement sous le chapeau des industries culturelles, et des nouvelles technologies. Sa notion est adossée à des principes économiques plus qu’artistiques. Sa tendance est de ne considérer que « l’upperground » alors que la création émerge souvent d’« undergrounds » portants les germes de la créativité d’un territoire. • En termes d’approche de la complexité. En offrant, à partir de démarches sensibles, la possibilité de renseigner les questions liées aux environnements construits autant qu’aux pratiques sociales. • En termes de développement durable. L’injonction actuelle liée à la considération de l’environnement et du cadre de vie, stimule de nouv lles synergies et coopérations. Le forain, par les phénomènes de frottement qu’il génère, est un vecteur de fertilisations croisées. Plus globalement, cette veine de la ville foraine est contemporaine. Elle ne se substitue en rien à la ville pérenne et doit être réassurée politiquement. L’impermanent et le nomade sont des moteurs de changement et de stimulation de projets. Ils ne doivent pas pour autant ouvrir de nouvelles voies à la précarité.
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